Amitiés

C’est un moment de joie partagée. De ces moments qui devraient égrener chaque jour notre quotidien de petits bonheurs.

Assis dans le métro, face à face, nous nous regardons et rions de bon coeur.

« Je boude » lui avais-je dit quelques instants plus tôt, rejoignant son bureau pour m’épancher. De son regard doux, ce regard que je lui connais à chaque fois qu’il parvient à échapper à ses dossiers, il m’avait alors toisée, mesurant mon embarras. « Tu boudes mon Ambisome? Mais que t’arrives-t’il donc?« . Je me suis épanchée : « Ismaël ne comprends rien« , dis-je, appuyant sur le « r » pour montrer toute l’ampleur de mon désarroi. « Je l’appelle pour lui annoncer cette nouvelle importante, tu sais? mon inscription au tableau… et lui il me parle formalités administratives et assurance voiture! A-t-il seulement saisi toute l’importance de cette nouvelle? Que c’est la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle vie? » « Allons viens, mon Ambisome chérie! Je t’emmène! Rentrons! La vie est trop courte pour bouder et cela n’en vaut pas la peine » Le sourire de sa voix éloigne toute idée noire qui, instantanément, me paraît grotesque, démesurée, injuste. Et Tomann a raison : lorsqu’à dix-neuf heures, le technicien de surface déambule dans les couloirs, affairé et tout sourire, c’est que l’heure de regagner ses pénates a sonné depuis bien longtemps. Nous embarquons, cahin caha, l’un abandonnant son bureau en l’état, l’autre préparant soigneusement son ouvrage du lendemain, non sans avoir méticuleusement complété sa fiche de facturation.

Nous avançons dans la nuit noire, rechignons à attendre un tram qui tarde à venir dans ce froid hivernal et regagnons la station de métro en partageant nos impressions du jour sur l’avenir de notre prestigieux cabinet, nos aventures vécues ou à venir, nos projets futurs, les courses de la veille ou le plat de week-end.

Assis dans le métro, tout est dit. Il nous reste à jouer le troisième acte, lorsque, tour à tour, théâtral ou impertinent, nous singeons, jouant la pièce de la vie. Je campe une homophobe conservatrice, sérieuse et pincée. Il hèle un passant qui ne l’entend pas ou feint de ne pas l’entendre. Au fond de moi, une certitude : son amitié m’est précieuse, infiniment précieuse.

Et de ces petites joies, de nos éclats de rires, « un conseil d’être heureux semble sortir des choses« .

Le Bonheur, je n’y crois pas. Mais il nous appartient d’y tendre, en cueillant ces instants fugaces du mieux que nous le pouvons.

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