Utilitarisme

C’est une histoire sans intérêt, l’une de ces interactions sociales qu’on n’a pas cherchée mais qui se produit et qui flatte un peu.

Charrida, c’est une amie d’amis, je la croise parfois, elle a une solide confiance en elle et souvent des garçons – jamais les mêmes – qui l’entourent. Elle a un peu l’air de se chercher, mais j’apprécie sa manière d’échapper aux clichés, athée et libre bien que musulmane de naissance. Quand on se voit, on discute parfois, jamais bien longtemps. Ma relation avec un natif de son pays d’origine semble me rendre sympathique. Un jour, on se recroise chez nos amis communs. Je viens d’être élue dans un exécutif local et on parle un peu politique. Elle m’ajoute aussitôt à sa liste d’amis sur un célèbre réseau social. Je la suis de loin : elle voyage beaucoup, a des amis dans le monde entier, aime se faire photographier dans des endroits insolites et, curieusement, Zemmour. Parfois, elle m’envoie des messages : « je t’apprécie beaucoup, viendras-tu à mon anniversaire? j’insiste! », « comment vas-tu à la fête de nos amis commun? es-tu motorisée? », « es-tu franc-maçonne? ». Mon ego est un peu flatté, j’ai l’impression que si l’on m’apprécie, sans vraiment se connaître, c’est que je dois être, du moins en apparence, « quelqu’un de bien ». Et il me faut bien ça, au jour le jour, pour tenter d’ériger un semblant de confiance en moi et dans les rapports humains.

Un jour d’été, je me plains, sur ce réseau social, d’une interaction particulièrement désagréable avec un journaliste qui, pour faire un mini-buzz au coeur de la période creuse du journalisme politique, déforme quelques faits à mes dépens. Elle me dit le connaître depuis quelques mois, plaide pour l’intégrité de celui-ci et ne comprend pas vraiment mon ressenti face à la violence de mon interaction avec celui-ci. Que cette professeure de français le connaisse m’étonne peu : je sais depuis quelques temps, qu’elle a une aventure avec un autre journaliste un peu connu dans la capitale et je l’admire, au fond de moi, de cette facilité qu’elle a à nouer des liens avec les individus les plus divers.

Et puis un jour, tout à fait par hasard, je découvre qu’elle m’a retirée de sa liste d’amis. Un peu blessée et surprise, je l’interroge et apprends qu’elle a décidé de me coller une étiquette de femme de droite et raciste. Le jugement est idiot, l’argumentation bancale : objectivement, aucune personne qui me connaît un peu ne pourrait y adhérer. Le puzzle, en revanche, se reconstitue : la chronologie des interactions rapidement repassée, je suis forcée d’admettre que Charrida ne voyait en moi qu’un outil potentiel. Et qu’en réalisant que je ne suis, finalement, pas quelqu’un de très important politiquement, je ne peux pas lui apporter grand chose. Son obsession à interagir, sur le réseau social, avec des personnalités plus ou moins en vue ne fait que confirmer mon analyse.

Ce qui me blesse, ce n’est pas la rupture du lien social avec elle, qui, dans l’absolu, m’indiffère. Mais mon orgueil a du mal à admettre que je puisse, encore une fois, me tromper sur quelqu’un. Cette foutue naïveté qui croit encore aux relations vraies, désintéressées.

C’est une histoire sans intérêt, l’une de ces interactions sociales qu’on n’a pas cherchée mais qui se produit et qui blesse toujours à la fin.

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